Le stress et les menaces fantômes

L’impact des émotions sur le corps

Depuis des siècles, nombreuses disciplines essayent de dissiper les mystères qui existent entre le corps et l’esprit. Aujourd’hui, grâce aux progrès de neurosciences et de la psychologie cognitive, nous savons que ces deux systèmes  échangent continuellement entre eux  des informations concernants nos émotions et nos ressentis. 

 

Nos émotions et nos pensées sont interconnectées avec notre physiologie et échangent entre elles sans cesse. 

Quand la pensée devient une menace…

Beaucoup de personnes restent scotchées lorsqu’elles apprennent que le corps et l’ esprit ne font aucune différence entre une souffrance émotionnelle ou une douleur physiqueC’est à dire que peu importe si nous sommes envahit par un souvenir désagréable ou si nous avons une migraine, notre système perçoit le danger dans les deux cas . Et pour répondre à la pression qu’il subit , il relâche la réponse physiologique du stress et nous prépare à la fuite ou au combat .

 

Ainsi, notre système ne fait aucune différence entre ce que nous imaginons et ce que nous vivons réellement . C’est à dire que peu importe si nous imaginons de vivre une expérience ou si nous la vivons réellement.Notre cerveau pense que tout est en train de se passer vraiment et devant les scénarios négatifs, il déclenche le stress pour répondre à l’alerte.   

 

Les origines du stress chronique

 

Que nous soyons devant un tigre ou plongé dans un souvenir désagréable, notre cerveau réagit de la même manière !

Vous vous rendez compte de ce que cela implique ?

A chaque fois qu’une pensée nous angoisse, qu’une douleur nous envahit et qu’un facteur externe nous perturbe ,notre cerveau perçoit un danger et relâche la réponse physiologique du stress .

 

Par conséquent, nous nous sentions tout le temps en danger même en absence d’une réelle menace. Nous réagissons à des menaces fantômes sans n’avoir pleinement conscience.

Nous avons enregistrés dans notre cerveau, d’une manière inconsciente, de nombreux conditionnements stimulus-réponse qui nous mènent à réagir par les biais d’automatismes.

Qu’est ce que un stimulus?

Selon le principe béhavioriste du conditionnement répondant, le stimulus est un un événement de l’environnement qui produit  un comportement spécifique en réponse. 

A chaque fois que notre cerveau perçoit un stimulus,  le système nerveux central répond à la stimulation en génèrent dans l’organisme la réaction émotionnelle qui lui est associée . Ainsi, il  active le système sympathique pour accélérer nos fonctions internes  (rythme cardiaque, tension artérielle, etc.).

Chaque stimulus est associé à une réponse déterminée qui prévoit  :

  • La génération d’un spécifique état interne ;
  • La réalisation d’un comportement conditionné;
  • La production de changements physiologiques qui varient selon la nature du stimulus.

Nos conditionnements neuro-associatifs en capsule

Nous pouvons imaginer nos associations inconscientes  comme des capsules qui contiennent : l’élément déclencheur, ce que nous ressentons lorsque nous le percevons, ce que nous reproduisons comme comportement automatique et ce qui se passe dans notre organisme pour faire face au stimulus.

A chaque fois que notre cerveau perçoit un stimulus stressor, la capsule s’ouvre et les réponses automatiques et programmés se relâchent.

 

Par exemple, imaginons une femme qui a été trahie par son mari pour une autre femme plus jeune que elle. Inconsciemment, la femme associe les jeunes filles au danger et au sentiment de trahisons. Cela dit, même après des années, si la femme perçoit son mari en présence d’une autre fille, ce stimulus déclenche automatiquement en elle  :

  • Le sentiment de trahison et la peur qu’il puisse se reproduire ;
  • La réponse physiologique du stress devant la menace ;
  • Un besoin de fuite ou de compétition.

De la même manière, nos pensées et nos émotions sont des stimuli auxquels nous avons associé des comportements automatiques  précis ainsi que des réponses physiologiques définie.

Le conditionnement stimulus-réponse

Il vous êtes déjà arrivé de vous énerver soudainement sans comprendre pourquoi ?

Vous étiez tranquillement en train de discuter  avec une copine quand , tout d’un coup, une émotion de colère vous a envahie .

Que se passe-t’il dans notre cerveau lorsque cela nous arrive ?

Si aujourd’hui nous connaissons la réponse à cette question c’est grâce au béhavioriste et prix Nobel Ivan Pavlov.

Pavlov fessait partie du béhaviorisme, une courant de pensée qui voulait comprendre les comportements humains pour les prédire et  les contrôler. Les béhavioristes partaient du supposé que l’homme est dépourvu de conscience et de pensée. Mais il a appris à interagir avec son environnement par les biais de comportements conditionnés.

En effet, il suffit que votre cerveau perçoit inconsciemment un seul stimulus conditionné pour que le stress soit déclenché  dans votre organisme. Même un élément que pour vous n’a aucune signification particulière peut déclencher une réponse automatique dans votre organisme.

Ivan Pavlov menait des recherches sur les glandes salivaires des chiens quand , par accident, il est  parvenu à découvrir ce principe .

Le conditionnement répondant

Lors de ses expériences, le béhavioriste avait remarqué que les chiens salivaient pas seulement en percevant la nourriture  mais aussi en présence d’autres éléments qui lui sont associés comme la gamelle ou la pièce ou ils mangeaient.

Suite à ces observations , Pavlov avait décidé de conditionner les chiens à saliver  à chaque fois qu’ils entendaient le son d’une cloche. Pour cela, il reproduisait le son à chaque fois qu’il donnait la nourritures à ses chiens. Au bout d’un certain temps, les chiens étaient conditionnés et il salivaient à chaque fois qu’ils entendaient le son de cloche. Et cela même en absence de la nourriture.

Grâce à cette expérience, Pavlov a pu constater qu’un stimulus neutre peut devenir un stimulus conditionné par les biais d’associations.

Nous avons tous intégré dans notre cerveau des infinies associations stimulus-réponse. Sans même pas nous en rendre compte, nous sommes tout le temps en train de réagir aux stimuli stressants que nous percevons dans notre milieu. 

 

 

Un exemple de ce conditionnement est donné par le serveur qui entend le son de la cloche et automatiquement va au comptoir pour récupérer les boissons .

 

 

 

Le conditionnement à la peur

Notre cerveau généralise nos conditionnements neuro-associatifs et nous fait réagir de la même manière face à des situations ou à des stimuli qui présentent des analogies entre eux.

Imaginez par exemple un enfant qui craint l’autorité de son père .

A chaque fois que son père lui crie dessus , le petit enfant a tellement peur qu’il se soumet à la voix de l’autorité sans jamais s’exposer. L’autorité et les cries de l’homme (père) représentent deux stimuli qui déclenchent une réponse de peur et de soumission. Selon le principe de la généralisation, le cerveau de l’enfant associe inconsciemment l’autorité parentale aux autres formes d’autorités. Et si jamais son professeur lui crie dessus, l’enfant a la même réaction qu’il a devant son père.

Cela a été prouvé scientifiquement par Watson, un autre béhavioriste que peu de temps après que Pavlov avait avancé sa théorie du conditionnement classique , avait décidé de prouver qu’il est possible de conditionner les être humain à la peur, l’aversion et  aux émotions négatives .

Le conditionnement à la peur et le petit Albert

Pour son expérience, Watson avait prévu de susciter volontairement la phobie de rats chez un enfant de moins d’un an, le petit Albert.  Le cas d’étude a durée deux mois et l’enfant n’avait que neuf mois lorsqu’il a commencé à fréquenter le laboratoire. Dans ce cas, on ne peut pas parler d’étique, c’est sûr!

Au début de l’expérience, les rats  étaient des stimuli neutres pour le petit Albert qui n’avait aucune réaction en leur présence.  Cependant, les chercheurs ont réussi à conditionner l’enfant à en avoir peur , à travers l’association de l’animal avec un bruit violent : le stimulus inconditionnel (SI) qui suscite une réaction de peur (Réponse Inconditionnelle) chez l’enfant. A chaque fois qu’Albert était en présence d’un rat, Watson déclenchait le bruit pour que Albert puisse bien faire l’association entre les deux stimuli.

L’injection de la phobie…

Au bout de deux mois du début de l’expérience, Watson avait réussi à entrainer une réponse conditionné à partir d’un stimulus neutre. En d’autres terme, Albert pleurait à chaque fois qu’il était en présence d’un rat , même en absence du bruit .  Ainsi, le petit Albert avait généralisé sa phobie et il paniquait devant tous les animaux à fourrure blanche.

La phobie est une perte de contrôle entraînant anxiété et angoisse, qui accroit le sentiment de peur et fige les personnes en crise, dans une peur de plus en plus difficile à maitriser.Watson considérait que son expérience pouvait expliquer le fonctionnement de la phobie.

 

Cependant, Watson était tellement convaincu de l’efficacité de son expérience qu’il écrivait :

« Donnez-moi une douzaine d’enfants en santé, bien formés et la possibilité de les éduquer dans un monde de mon choix et je garantis d’en choisir un au hasard et de le former à devenir un spécialiste quelconque , soit médecin, avocat, marchand général et même un voleur, sans égard à ses talents, ses penchants, ses tendances, ses aptitudes, sa vocation et même la race de ses ancêtres ».  

Que se passe t’il dans notre corps et dans notre esprit lorsque nous percevons une menace ?

Le stress, une stratégie d’adaptation 

En 1936  le docteur Hans Selye, nous fournit une première définition scientifique du stress . Ses théories s’appuyaient sur les travaux d’ingénierie qui utilisaient ce terme pour indiquer l’effort subi par un matériel. 

Selon le docteur, le stress est la réponse stratégique que notre organisme met en place pour s’adapter aux exigences physiologiques et psychologiques auxquelles il fait face. il s’agit d’une réponse physiologique de l’organisme tout à fait naturelle qui a le rôle bien précis de nous protéger de la menace. Si nous regardons l’histoire humaine, le stress nous a permis l’évolution de l’espèce ainsi que l’ évolution individuelle. 

Le stress, un protecteur ou un ennemi ?

Le docteur Selye s’est beaucoup interrogé sur la question et avec l’aide d’autres chercheurs,  il a voulu identifier les conditions qui déterminent un état de stress positif et celles qui produisent un état de stress négatif. 

 

Suite à ces recherches, Selye nomme “Distress” le stress négatif  et “Eustress” le stress positif.

Eustress

On parle de stress positif lorsque la réponse physiologique nous donne la sensation de dominer notre environnement ( compétition sportive , réalisation d’un objectif ,etc.). La réponse entraîne en nous  une réaction de lutte ou de fuite qui nous donne le pic d’excitation pour atteindre notre but. 

 

 

Distress 

On parle de stress négatif quand la réponse physiologique de notre organisme produit des sensations de mal être et détermine un gaspillage énergétique .

 

 

 

Le stress nous permet de faire face aux dangers   grâce à ses réponses immédiates telles que la fuite et le combat . Cependant, parfois, il arrive que sa réponse physiologique n’arrive pas à se boucler. Et notre cher ami se transforme de protecteur bienveillant en pire ennemi.

Comment réagissons face à la menace?

Heureusement pour nous, la nature a bien fait les choses !Nous sommes programmés génétiquement à faire face au danger par les biais du stress. A chaque fois que nous percevons un danger , notre cerveau agit dans l’immédiat et relâche le stress dans notre organisme.

Par exemple , imaginez d’être tranquillement chez vous, installé sur votre confortable canapé pour lire votre roman préféré. Quand soudainement, en levant vos yeux au ciel vous percevez une petite araignée juste au dessous de votre tête. Vous jetez votre livre en air et vous courrez dans l’autre pièce pour vous mettre en sécurité.

Vous faites tout cela sans même pas réaliser ce qu’il se passe!

En vérité, de la perception du stimulus à la réalisation de l’action, il y plusieurs mécanismes  qui se mettent en place dans notre corps et notre esprit.

Le stress et le cerveau

Le fonctionnement du stress est très simple et extrêmement précis :

Nous percevons la menace par les biais de nos 5 sens qui perçoivent l’information sensorielle . Ensuite ils l’envoient si tôt au Thalamus (une zone de notre système limbique) pour qu’il puisse l’analyser .

Le thalamus transmet l’info à l’amygdale qui vérifie s’il s’agit d’une menace pour notre survie. Tandis que l’hippocampe  la compare aux mémoires du passé pour lui donner un sens .

Si ces deux parties déclenchent l’état d’alerte c’est le circuit court thalamo-amygdalien qui s’active .

 

 

 

Ce circuit envoie un message à l’hypothalamus que, par les biais de la moelle épinière , ordonne aux glandes surrénales de libérer dans le sang :

  • Les catécholamines dont le cortisol, l’hormone qui produit l’énergie nécessaire pour répondre aux réactions de fuite ou de combat.
  • Des neurotransmetteurs comme la norépinéphrine et l’adrénaline (épinéphrine). Cela active la réponse immédiate de l’organisme et le prépare à l’effort physique .

Le stress et l’organisme

La réponse physiologique du stress  libère dans notre sang de substances chimiques qui déterminent d’ importantes modifications physiologiques :

  • Respiration accélérée et accrue afin d’apporter une quantité maximale d’oxygène.
  • Ralentissement de la digestion ainsi que de la circulation du sang dans les reins.
  • Crispation des vaisseaux qui traversent la peau pour réduire les risques de blessures.
  • Ouverture des pores pour irriguer de la peau l’excessive sudation produite à cause de l’effort .
  • Augmentation de la tension artérielle et de la fréquence cardiaque . 
  • Afflux sanguin dans les muscles qui permettent d’ agir immédiatement .
  • Densification du flux sanguin pour prévenir d’éventuelles hémorragies.
  • Augmentation accrue de glucose dans le foie pour produire des importants quantité d’énergie à utiliser rapidement. 

De la réponse physiologique à l’homéostasie .

La réponse physiologique du stress nous permet de nous adapter à notre environnement pour préserver notre intégrité psychique et physique. Toutefois, après sa réaction face au stimulus , le corps et l’esprit se sentent fatigués et  nécessitent de repos.

Une fois à l’abri, il y a ainsi des processus internes qui se mettent en place pour rétablir l’homéostasie dans notre organisme.

Notamment, nous avons la voie longue thalamo-cortico-amygdalienne qui s’active pour:

  • Moduler et corriger l’excitation de l’amygdale ;
  • Ralentir les processus physiologiques et psychologiques en cours;
  • Couper la production des hormones de stress ;
  • Etablir à nouveau l’homéostasie dans l’organisme.

Le stress comme mode de fonctionnement 

Malheureusement, il nous arrive parfois que notre cerveau cortex n’arrive pas à inhiber l’excitation de l’amygdale et des circuits émotionnels face à la menace et la réponse physiologique du stress continue à réagir au danger même si ce n’est plus le cas. 

En effet, l’expérience reste gelée dans notre amygdale en produisent un circuit de peur permanente qui nous fait réagir en boucle aux menaces fantômes. 

Par conséquent, l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien continue à produire le cortisol tandis que notre système nerveux sympathique relâche l’adrénaline dans notre organisme.

Même si la menace n’existe pas réellement nous continuons à la percevoir et faisant du stress, notre mode de fonctionnement.

Le cercle vicieux du stress au quotidien

Les stimuli « stressor » produisent des tensions  dans notre corps et dans notre esprit .

 

Dans la vie de tous les jours nous sommes confrontés à nombreux stressors. Du matin au soir nous pensons à tous les soucis qui envahissent notre vie sans pouvoir pourtant nous échapper ou combattre nos pensées. 

 

 

 

A cause de la présence omniprésente du danger, le cerveau met un place des mécanismes de défense pour nous protéger. Un des plus dévastants pour notre bien-être est celui de la dissociation. Notre corps et notre esprit se séparent pour qu’on ne puisse plus éprouver consciemment, la souffrance qui nous envahit.

Malheureusement pour nous, cette scission n’a aucune conséquence bénéfique pour nous.  Au contraire, la séparation déclenche d’autres troubles psycho-physiques plus importantes . Par exemple, cela peut générer l’alexithymie, un trouble dans la régularisation des émotions.

A longueur de temps, ce trouble produit  des dysfonctionnements somatiques et psycho-pathologiques qui présentent des risques de mortalité .

L’alexithymie se caractérise par quatre facteurs  :

  1. Difficulté à identifier et différencier les états émotionnels ;
  2. Difficulté à ressentir et à exprimer les états émotionnels aux autres ;
  3. Vie dépourvue d’imagination ;
  4. Pensée opératoire sans aucun contenu affectif.

 

Le stress chronique

A longueur de temps , les effets du stress cumulé dans notre organisme déterminent un état de stress chronique.

Cela génère :

  • Dépression du système immunitaire avec conséquente prédisposition à la maladie ;
  • Tensions musculaires, douleurs chroniques , troubles de la digestion ;
  • Troubles du sommeil, troubles de l’anxiété , dépression 
  • Nervosité , hypertension, tachycardie, palpitations ;
  • Excitation de l’amygdale ( zone cérébrale qui gère la peur et le stress) avec incapacité d’inhibition de la part du neo-cortex ;
  • Dysfonctionnements dans l’hippocampe et dans le cortex préfrontal avec diminution de la mémoire et des capacités d’apprentissage . 

Les conséquences du stress chronique

Le stress chronique déconnecte les centres corticaux supérieurs par les biais des neuropeptides. Par conséquent, les seules zones du cerveau qui restent actives sont celles qui s’occupent du comportement instinctif.

Ainsi, pour faire face au stress extreme , le cerveau met en place des mécanismes de défense neuro-biologiques et psychiques .

Le stress extrême atteint l’organisme sous un point de vue psychologique et neurologique. Ainsi, il provoque d’ importants dysfonctionnements pour ce qu’il concerne la mémoire et les circuits émotionnels.

Grâce à l’imagerie médicale on sait que le stress extreme détermine :

  • Une diminution de l’activité cérébrale et du volume de certaines structures du cerveau;
  • Une altération du fonctionnement des circuits de la mémoire et des réponses émotionnelles .

Il est donc important de se libérer des états de stress qu’on cumule dans notre organisme à longueur de temps. Des expériences scientifiques ont prouvé que le stress ainsi que les chocs émotionnels sont à l’origine de la maladie.

Nous verrons cela dans un autre  article 🙂

Pour le moment, je vous invite à prendre conscience de votre corps et à vous reconnecter à lui . Je considère que celle-ci est le premier pas à faire pour avancer vers votre chemin de guérison .

 

 

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